Les géants de la puce mémoire ont passé une mauvaise séance mardi. À l’origine de la secousse, le groupe chinois CXMT, qui affirme avoir mis au point une architecture de mémoire plus dense que celle de ses grands concurrents. Samsung a cédé 7,4 %, SK Hynix 10,1 % et le japonais Kioxia 13,3 %, tandis que l’américain Micron perdait 4 % en début de séance à Wall Street.
Pourquoi la mémoire est devenue la star de la Bourse
Depuis un an, l’essor de l’intelligence artificielle ne profite plus seulement à Nvidia, AMD ou Broadcom. Les fabricants de mémoire vive ont pris le relais, car les centres de données avalent d’énormes quantités de mémoire. Résultat : une demande très forte et des prix qui s’envolent. JPMorgan estime que ceux de la DRAM, la mémoire vive présente dans les ordinateurs et les smartphones, auront bondi de 400 % entre 2024 et fin 2026. En Bourse, cela s’est traduit par des hausses spectaculaires sur un an : +153 % pour Samsung, +251 % pour SK Hynix, +428 % pour Micron et +639 % pour Kioxia.
Que promet CXMT, et pourquoi cela inquiète ?
Pour comprendre, il faut imaginer une puce mémoire comme un immeuble de petits casiers. Plus chaque casier occupe peu de place, plus on peut en loger sur la même surface, et plus la puce est rentable à produire. Le standard actuel du secteur, appelé 6F², fixe la surface d’une cellule mémoire. Samsung et SK Hynix cherchent à passer à 4F², plus compact, mais selon Bloomberg, c’est CXMT, introduit à la Bourse de Shanghai fin juillet avec une envolée de 466 % dès son premier jour, qui aurait atteint ce stade le premier.
Les marchés craignent qu’une production chinoise plus abondante n’érode plus vite que prévu la capacité des leaders à maintenir des prix élevés. Pour John Plassard, de Cité Eco, l’annonce ne menace pas à court terme leur avance dans la mémoire à haute bande passante destinée à l’IA, mais elle fait redouter un plafonnement des marges sur la mémoire conventionnelle. D’autres valeurs des semi-conducteurs ont aussi reculé : STMicroelectronics de 4 %, Soitec de 5,7 % et Infineon de 3,4 %.
Une avance à relativiser
Les analystes appellent toutefois à la prudence. Jing Jie Yu, de Morningstar, reconnaît que la réussite de cette architecture renforcerait nettement la position de CXMT, mais rappelle que la transition est techniquement très difficile. Il s’attend à un délai important entre la présentation du produit et sa commercialisation avec des rendements viables.
Source : BFM Bourse
